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Une ribambelle

Une ribambelle

Lectures et critiques

Le Moine - Matthew Gregory Lewis - 1796

J'avais demandé à des Babelionautes qu'elles ou qu'ils m'aident à trouver des romans, essais ou autres, relatifs au désir.

Voici le premier ouvrage proposé que j'ai donc choisi et que je vous présente ce jour :

 

Le Moine

Dans ce roman, l'auteur dévoile la vie d'un moine et celle de femmes et d'hommes qui se cherchent, se plaisent, se désirent. 
 Ambrosio est un moine rigoriste dont les homélies sont très attendues par les fidèles. Ce moine rigoriste s'attache à vivre selon les préceptes de sa condition et reste droit dans ses chausses. Lors d'une de ses apparitions tant attendue au cours d'une messe, Don Lorenzo aperçoit pour la première fois Antonia et tombe sous son charme. Cette dernière est chaperonnée par sa tante Leonela. Quant à la soeur de Don Lorenzo, Ines, religieuse, elle est chérie par un homme.

On suit les personnages dans leur quête d'obtenir les faveurs de leur aimé(e) que ce soit de façon chevaleresque ou criminelle.

 

Mon avis :

Ce roman est bouillonnant. Le début fait penser à un film de cape et d'épée avec un jeu du chat et de la souris dans l'église. Don Lorenzo est ému par la beauté d'Antonia. La tante d'Antonia est elle, attirée par le jeune homme qui accompagne Don Lorenzo (Don Cristobal). Quant à Don Raimundo, lui aussi joue au jeu du chat et de la souris avec Ines, religieuse, soeur de Don Lorenzo. Tout cela est très dynamique, rythmé.
Puis l'auteur s'attelle à nous dépeindre le virage opéré par Ambrosio en terme de comportement. Celui-ci s'amourache d'une jeune femme ce qui va être à l'initiative de la débauche du moine. On est plus dans l'introspection après le passage à l'acte avec le repentir, la culpabilité puis la manipulation de ses pairs et la débauche, le manque de repère.
Après cette faute, l'auteur s'attache à décrire la vie de Don Lorenzo qui souhaite tout faire pour obtenir la main d'Antonia et retrouver sa soeur Ines, qui ayant fauté, n'est plus autorisée à communiquer avec sa famille.
La fin du roman est plutôt une explosion de course-poursuite, de vengeance, de crime, de retrouvailles....

 

Le désir :

Que fait-on de son désir ? Le contient-on ? Y succombe-t-on ? Avec regrets ? Avec plaisir ? L'étouffe-ton ? Faisons-nous fi des conventions et de l'époque ? Se soucie-t-on qu'il soit réciproque ou non ?

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Le désir est présent quasiment tout au long du roman sous plusieurs formes. 
L'émoi ressenti à la vue d'une peau, d'un cou, d'un vêtement entraîne un désir que l'on contient et qui va rester courtois. Succomber à ce désir dans ce cas-là, ne se fera que de manière réglementaire, à savoir l'approbation familiale pour un mariage.
Le désir inexistant chez le moine au tout début du roman va rapidement surgir à la vue d'une femme ; celle-ci n'hésite d'ailleurs pas à solliciter cet homme qui jusqu'à présent n'avait jamais rien ressenti de tel tant il honorait son engagement religieux. Pour ce qui le concerne, une fois ses désirs assouvis avec l'une, il va rechercher le moyen de posséder une autre, qu'il désire, en faisant fi de savoir si cela est réciproque ou non. On change alors de type de relation car les deux amants se lient pour piéger une tierce personne et ce n'est donc plus le désir réciproque qu'ils avaient l'un pour l'autre qui est présent mais le désir de l'une de satisfaire aux plaisirs du moine en s'effaçant (j'ai d'ailleurs trouvé certaines similitudes avec "Justine ou les malheurs de la vertu" de Sade. Cependant, elle ne s'efface pas tant que cela et est très claire vis-à-vis du désir qu'elle avait pour ce moine en lui disant que puisqu'il en désire une autre, elle ne souhaite plus avoir de relations sexuelles avec lui. On ne sait d'ailleurs pas trop si elle le désire encore mais toujours est-il qu'elle reste maître d'elle-même (le désire-t-elle encore ? réfrène-t-elle son désir pour lui ? maîtrise-t-elle ce désir ? son désir a-t-il disparu une fois qu'elle fut dans ses bras ?). 
Il y a aussi le désir d'Inès, religieuse, qui a succombé à son amant et cette révélation va entraîner le courroux et la mise au ban par la supérieure qui ôte à Inès toute humanité en refusant même qu'elle sorte du couvent. Alors qu'elle aurait pu la chasser purement et simplement, elle se sent tellement offensée par l'attitude de cette religieuse qu'elle bascule vers le crime pour la punir au motif du qu-en dira-t-on. Elle n'accepte pas qu'une des religieuses, engagée, ait pu rompre son serment au seul motif du désir qu'elle avait pour un homme.
Le désir dans ce roman n'est pas propre à la jeunesse puisque Lewis dépeint aussi le désir de Leonela, tante d'Antonia, lorsqu'au tout début du roman, elle aperçoit Don Lorenzo et Don Cristobal. Son désir pour l'un la fait se conduire comme une jeune fille qui connaîtrait ses premiers émois.
Je pourrais encore épiloguer mais je vais m'arrêter là.

 

 


 

 

 

 

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le Bison 12/11/2014 22:28

Une adaptation cinématographique avec Vincent Cassel a été réalisée il n'y a pas si longtemps. film qui ne m'a pas vraiment emballé (d'ailleurs l'ai-je vu en entier). Par contre, je retiens la version papier, même si la date d'écriture me fait un peu peur...

Une ribambelle 13/11/2014 08:45

Je n'ai même pas entendu parler du film. Je ne sais pas si c'est lié au jeune âge de l'écrivain mais on a l'impression qu'il a écrit tout ce qui lui passait par la tête tellement les événements s'enchaînent. Il y a plusieurs styles (des poèmes que je n'ai que survolé, un petit passage plutôt "fantastique" et souvent un aspect théâtral dans la façon de s'offusquer mais ceci est lié aux convenances de l'époque).