20 Novembre 2015
cette semaine.
D'abord vendredi dernier. Au courant de rien. Télé éteinte comme très souvent.
22h20, j'attendais que ma fille rentre de chez une de ses amies. Elles étaient entre filles scouts, à 8, pour faire un dîner chez l'une d'elle et préparer leurs activités. Ma fille de 17 ans qui aurait dû être sur le chemin du retour m'appelle pour me demander si le trafic RATP est normal. Je soupire, allume l'ordinateur, regarde le site et vois que tout roule.
Dans l'intervalle ma fille me dit qu'il y a des attentats. Je m'agace et lui dis "tu racontes n'importe quoi, il n'y a pas d'attentats ! C'est peut-être juste une alerte". Ma fille m'assure que si.
Je raccroche sans lui donner de consigne, persuadée grande naïve et candide que je suis que rien n'a pu se passer. Puis elle envoie un sms en me disant que les parents de son amie ne veulent pas que les filles s'en aillent. Je mets enfin la télé en route, vois que des types tapent dans un ballon donc pour moi, il n'y avait rien d'anormal.
Puis je change de chaîne et lis qu'il y a 18 morts.
Ils annoncent que des coups de feu ont été entendus au Bataclan.
Je renvoie un sms à ma fille pour lui demander où habite sa copine car je savais dans quel coin elle allait mais je n'avais pas le nom exact de la rue. Ma fille me répond : "Bld Voltaire". Puis dans la foulée elle me dit que les parents de son amie ne sont pas là, qu'ils étaient sortis et qu'ils ont appelé les filles pour leur dire de ne surtout pas sortir (d'ailleurs les parents n'ont jamais pu rentrer). Et elle ajoute qu'elle ne peut plus sortir car quatre policiers lourdement armés sont devant la porte de l'immeuble....
Elles ont donc passé la nuit là-bas. Endormie à 1h30, puis réveillée par l'hélicoptère ou les hélicoptères à 2h, j'ai fini par me rendormir jusqu'au matin. Ma fille a enfin pu partir le lendemain matin. Elle n'a rien vu mais a entendu.
Le samedi après-midi, j'avais une réunion qui a été annulée. Je suis sortie l'après-midi, j'ai pris le bus avec ma fille car nous avions une course à faire. Malgré le nombre de morts, je pense que je ne réalisais pas le drame qui s'était joué.
Dimanche, je ne suis pas sortie.
Lundi, je ne travaillais pas et heureusement car je n'aurais jamais eu la tête à aller travailler. Je suis juste sortie dans l'après-midi, dans le vent, sous la grisaille et la place à côté de chez moi était déserte. Pire qu'un dimanche alors qu'il était 15h !
Toute cette semaine je n'ai pas réussi à lire, à faire à manger. Au boulot, impossible de me concentrer. Je vais bosser à pied donc aucune crainte des transports et pas de peur particulière mais une méfiance accrue pour ce que je vois, une empathie en berne, et bien d'autres sentiments.
Quand je dis "A ce soir" ou que j'entends " A ce soir", cyniquement je me demande si ce sera vraiment "A ce soir". Lorsque devant l'école, j'attends pour aller rechercher une petite de 5 ans, je me demande ce qui peut nous arriver à nous, nounous, parents, grands-parents, enfants.
Heureusement que je manie le 2nd degré et que je peux être sarcastique parfois, ça sauve.
Je suis passée par de l'agacement, de l'énervement entendant certains politiciens qui croient que l'on vit au pays de Oui-Oui et qui n'ont pas compris grand-chose et qui ne comprendront jamais rien.
Je pense aussi que le fait d'être sur place change tout. Il y a de la méfiance, de la pudeur à se regarder dans les yeux en se demandant si celui que l'on croise a eu un de ses proches mort.
Enfin ce soir on a bien souri en entandant l'hommage de Johan Hufnagel à notre Procureur, François Molins.
"Il y a quelques heures, quand j’ai appris qu’Abdelhamid Abaaoud faisait partie de la liste des jihadistes abattus lors du raid de la police à Saint-Denis, j’ai espéré que nous allions nous retrouver pour un point d’explication. Vous n’imaginez pas ma déception quand j’ai appris que Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, allait s’en charger.
C’est bizarre, j’en conviens : en général, quand vous apparaissez sur nos écrans, c’est que ça ne va pas fort. Je crois que la première fois que je vous ai vu à la télévision, c’était pendant l’affaire Merah. Depuis, il y a euCharlie, Vincennes, et l’attaque du Thalys. Depuis il y a eu, aussi,vendredi. Autant vous dire que ça ne va vraiment pas fort. Et pourtant, il faut bien avouer que ça me fait un bien fou de vous voir. Je ne suis pas le seul à attendre le point presse du proc’. Quand on vous voit apparaître, la rédaction se fige, «Chut, Molins, ça commence.» On augmente alors le volume et on écoute, en communion. Imaginez, François, une rédaction, de gauche, suspendue à la parole d’un procureur…
C’est quoi votre truc ? OK, il y a ce léger accent pyrénéen, la précision du vocabulaire (je ne sais pas où vous êtes allé chercher «l’appartement conspiratif» de Saint-Denis, mais là, chapeau), le phrasé, le regard, la coupe de cheveux toujours impeccable. Rassurant, terrien, pro. Mais surtout, vous avez une façon bien à vous de mettre des mots sur l’horreur et des mots qui nous apaisent. Ultime oxymore, mais logique, après tout.
Dans un monde qui semble s’écrouler, vous apparaissez comme un point de repère, familier qui va séparer la rumeur de l’info, tuer l’abus de conditionnel des chaînes d’infos, rejeter le trop-plein de spéculations. Vous savez remettre de la chronologie là où il n’y a que chaos. Vous savez mettre du sens là où le sens a disparu, là où les politiques et certains experts autoproclamés ajoutent de la confusion. Oh, on sait bien François, que de temps en temps, vous ne nous dites pas tout. Ça fait partie du jeu. Nous aussi, on a nos sources". Mais merci pour ces moments de transparence. Et j’espère, mon cher François, de tout cœur, ne plus vous revoir dans ces circonstances.
http://www.liberation.fr/france/2015/11/20/monsieur-le-procureur-francois-molins-je-vous-aime_1414796